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"Un père incendie son enfant pour sorcellerie", "En Inde, une mère et sa fille tuées après des accusations de sorcellerie", "Ryad libère deux Indonésiennes condamnées à mort pour sorcellerie"... Quand je prépare ma veille pour cette newsletter, il n'est pas rare que je tombe sur ce genre de titres. Ils sont quasi-quotidiens.

Face à la violence de ces faits, je me suis interrogée, une fois de plus, sur l'usage du mot "sorcière" et à quel point il peut différer d'un pays à l'autre, d'une culture à l'autre. Notamment, et vous me voyez venir, depuis que la tendance "witchy" a envahi les réseaux sociaux et enseignes de grands magasins. 

La sorcière queer et artiste Camille Ducellier a justement rappelé lors du Festival Dangereuses Lectrices que "les chasses aux sorcières existent encore dans certains pays, et que cela ne ferait sans doute pas beaucoup rire les sorcières pourchassées en Afrique et en Amérique latine de nous voir nous pâmer devant nos cristaux sur Instagram", rapporte La Lune Mauve sur son blog.



La formule a de quoi bousculer. Mais attention, il convient de nuancer. "Les sorcières pourchassées" évoquées par Camille Ducellier peuvent être des hommes, des femmes, des enfants. Parfois ce sont des personnes qui pratiquent la sorcellerie. Le plus souvent, dans les faits en tout cas documentés par la presse et expert·e·s du sujet, il s'agit en fait de personnes qu'une société (ou une personne en particulier) a souhaité stigmatiser, éliminer, condamner sans autre forme de procès.

Dans un article (en anglais) publié dans Vice, on apprend qu'un groupe de défenseurs et défenseuses des droits humains (avocat·e·s, universitaires, activistes) a mis en place toute une réflexion autour de ce qu'ils et elles appellent "des pratiques malfaisantes liées aux croyances de sorcellerie".

Quand une personne est soupçonnée de pratiquer, d'avoir pratiqué ou de vouloir pratiquer la sorcellerie dans certaines communautés, celle-ci peut être "torturée, bannie, tuée", rapporte Vice.

Mettre un terme à la sorcellerie ?

Comment faire pour mettre fin à cette violence systémique qui vise les plus marginaux ? Ce groupe d'expert·e·s affirme qu'il n'y a pas de solution globale, puisque les croyances et pratiques diffèrent d'un pays à l'autre, voire même, très souvent, d'une communauté à l'autre. Ce serait trop facile d'arriver avec nos gros sabots "d'intellectuel·le·s" occidentaux et de dicter à des peuples comment se comporter sans prendre en compte le contexte local et spécifique de chaque culture.

L'enjeu est de taille, car il ne s'agit pas non plus de mettre un terme à la sorcellerie, c'est-à-dire aux pratiques spirituelles, souvent ancestrales, qui existent dans ces régions.

"La sorcellerie est utilisée dans la médecine traditionnelle", explique à Vice Miranda Forsyth, chercheuse à l'Australia National Université. "C'est une source importante de pouvoir culturel. Personne ne veut dire: « Arrêtez tout ça ». L’objectif est plutôt de mettre fin à « d’horribles violations des droits de l’homme qui découlent de croyances en sorcellerie »", poursuit-elle.



La situation est complexe. D'autant plus que ces violences s'inscrivent aussi dans un système, rappelle à Vice l'avocate nigériane Ikponwosa Ero. Les persécutions qu'elle a pu observer dans son pays d'origine visent en effet les personnes atteintes d'albinisme mais aussi les femmes, les enfants et autres groupes marginalisés. 

3 mesures à mettre en place 

Pour cette experte indépendante à l'ONU, le monde changera si trois mesures sont mises en application par l'organisation internationale : 
1. Condamner toute violence justifiée par la sorcellerie. 
2. Définir clairement ces persécutions. C'est indispensable pour mieux repérer les violences, mais aussi pour mieux protéger celles et ceux qui pratiquent la sorcellerie sans faire de mal à qui que ce soit. 
3. Créer des lignes directrices à l'échelle internationale afin d'aider, ensuite, à la création de lignes directrices locales, adaptées aux contextes et cultures de chaque région.

En Gambie par exemple, le temps de l'écoute et la visibilisation des victimes de "chasses aux sorcières" a commencé, rapporte RFI. Des femmes ont raconté comment elles avaient été "raflées" et emmenées dans un bus les conduisant "dans un endroit tenu secret" où elles ont été torturées. La persécution avait été commanditée par le président Yahya Jammeh (qui a quitté le pouvoir en 2017 après plus de 22 ans à la tête du pays) et effectuée par des "guérisseurs", protégés par les forces de l'ordre.

Si j'ai choisi d'aborder ce sujet ce mois-ci, c'est parce que je suis mal à l'aise. Mal à l'aise de voir ces articles côtoyer dans mon fil d'actualité les autres. Ceux qui parlent d'une "sorcellerie moderne", "pop" et "instagrammable". Je n'ai pas de réponse à apporter à ce malaise, je ne cherche pas non de solution pour l'amoindrir. Je voudrai que nous ayons en tête qu'aujourd'hui encore, la sorcellerie constitue un argument pour tuer des hommes, des femmes, des enfants. L'idée n'est pas de stigmatiser à notre tour les régions où se concentrent ces actes. Mais de comprendre dans quel(s) contexte(s) s'inscrivent nos discours occidentaux sur le sujet. 

Pour en savoir plus : consultez le site du Witchcraft and Human Rights Informations Network
LES LIENS
  • À écouter : ce podcast de Mystic Moons sur la "vérité" dans les pratiques ésotériques
     
  • Pour Vogue, Gabriela Herstick s'est entretenue avec trois sorcières venues du Mexique, du Japon et d'Arizona
     
  • "La déesse, la triple déesse, une critique féministe et queer" par Cathou
     
  • Une réflexion sur la sorcellerie moderne et l'engagement pour l'écologie (entre autres) par fée bizarre
     
  • "Sorcières de tous les pays, unissons-nous!", c'est l'appel lancé par plus de 200 personnalités pour "réhabiliter" cette figure et en faire un symbole féministe
  • S'initier à la sorcellerie : qu'est-ce que cela veut dire ? Est-ce essentiel ? The Traveling Witch répond 🇺🇸
     
  • "De vraies sorcières errent parmi nous, et elles sont apparemment partout", constate le New York Times qui a également rencontré Melissa Madara, l'une des sorcières derrière la boutique Catland Books, à Brooklyn 🇺🇸 
     
  • La communauté des sorcières n'est pas que sur Tumblr et Insta mais aussi sur Tik-Tok, apprend-t-on dans The Outline 🇺🇸
     
  • Se revendiquer "sorcière" et pratiquer la sorcellerie : le secret du bonheur ? Une réflexion à lire dans Psychology Today 🇺🇸
     
  • Agenda : exposition "We Are the Witches You Couldn’t Burn" à l'Université de Californie à Irvine jusqu'au 9 décembre 

LE COIN D'UNE SORCIÈRE MODERNE 
Morgane, créatrice d'Ortie
Merci infiniment à Morgane d'avoir participé à l'écriture de ce numéro de Spell It Out 🙏 

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COUP DE COEUR CULTUREL
"Les Sorcières", de Céline du Chéné
Peut-être n'êtes-vous pas passé à côté de l'excellente série documentaire "Sorcières", diffusée sur France Culture l'année dernière. Céline du Chéné revient quelques mois plus tard avec un livre adapté de son travail radiophonique et publié chez Michel Lafon.

L'ouvrage est complet, très documenté et reste malgré tout agréable à la lecture et procure un réel plaisir pour les yeux (chapeau bas à la direction artistique !). Il aborde aussi bien les questions de "chasse aux sorcières" que les différentes manières de pratiquer la sorcellerie et offre des ponts intelligemment construits entre passé et présent, pratique et militantisme, savoir intellectuel et pop culture. Je recommande cette lecture qui réchauffera sans aucun doute vos soirées hivernales !
 
Les Sorcières. Une histoire de femmes, de Céline du Chéné, éditions Michel Lafon, déjà disponible en librairies.
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