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Prenez les deux mots anglais Urban et Exploration. Contractez-les. L’urbex est à la mode et c’est sans doute la chose qui énerve le plus au monde les "urbexeurs", inquiets de voir leur hobby solitaire, consistant à photographier sans aimable autorisation des lieux abandonnés, se transformer en loisirs de masse à l'image des vestiges de Tchernobyl devenus aujourd'hui l'objet de lucratifs safaris-photos radioactifs. Il faut dire qu’un château endormi envahi par la végétation est un redoutable piège à like sur Instagram. En attendant, il y a des règles dans le monde codifié de l’urbex. On rentre (comme on peut), on photographie en évitant de passer au travers des planchers vermoulus, et on ne donne jamais, au grand jamais, d’adresse. Mais dans ce club fermé de gens sachant où se cachent les meilleures pépites, se détache une élite, des champions du défraîchi dont les images ont fait le tour du monde et tournent en galerie. Comme chez Esther Woerdehoff où est exposé le travail de Thomas Jorion, photographe français qui a vadrouillé durant 10 ans dans toute l’Italie sur les traces des palais et des demeures abandonnés des XVIIIème et XIXème siècles devenus malgré eux les décors oniriques d’opéras où ne chantent plus que les courants d'air.

Comme les Français Yves Marchand et Romain Meffre qui se sont illustrés en immortalisant les ruines contemporaines de la ville de Détroit et les grands theaters américains transformés en vaisseaux fantômes, Thomas Jorion est un professionnel de la photographie. Il travaille en grand format, à l’argentique, à la chambre sans flash, sans artifice, révélant dans ses images une infinité de nuances et de détails. Escaliers montant vers des étages effondrés, parquets poussiéreux, fresques en train de s’effacer, salle de bal silencieuse,… La magie opère au premier regard et nous amène à nous poser des questions. Que s’est-il passé ? Qui a laissé partir ces merveilles à vau-l'eau ? Et pourquoi sommes-nous autant charmés ou attirés par le délabrement ? Est-ce une survivance du goût des romantiques pour les vraies-fausses ruines gothiques et gréco-romaines, témoignages d’un âge d’or révolu, d’un paradis perdu ? Entre nostalgie du temps tel qu’il fut et vision d'un futur tel qu’il pourrait être, les photographies de Thomas Jorion rappellent que face à la nature tout passe, même les palais les plus fastueux.

THOMAS JORION, VEDUTA
À la galerie Esther Woerdehoff.
36 rue Falguière, Paris 15e.
Du mercredi au samedi de 12h à 19h jusqu'au 6 avril, entrée libre.
© Thomas Jorion, Courtesy Galerie Esther Woerdehoff

"On mange quoi à midi ?" demande empressé un danseur tout juste sorti d’une répétition. "Velouté de légumes, assiette de mezzes et moelleux à l’orange". Au déjeuner, à la cantine de la Ménagerie de Verre, lieu de résidences et de spectacles de danse contemporaine, artistes, musiciens, habitants du 11e et salariés bien informés s’attablent côte à côte. C'est un vrai repaire d'initiés car cette excellente adresse de quartier se cache en toute discrétion derrière la façade en briques d’une ancienne imprimerie. Nous, c’est la chef Julie Bavant (elle y mitonne en ce moment de bons petits plats végétariens) qui nous a mis sur la piste. Sur l’ardoise, les prix affichés sont délibérément serrés. 3,5 € l’entrée, même tarif pour le dessert et 7,5 € le plat, le tout changeant d’humeur chaque jour en fonction des arrivages sur les étales du marché du coin. À noter : l’après-midi, on peut aussi s’y poser le temps d’un café-cookie au son des répétitions.

LA CANTINE DE LA MÉNAGERIE DE VERRE

12/14 rue Léchevin, Paris 11e.
Du lundi au vendredi de 12h à 14h30 pour déjeuner, ouvert l'après-midi pour prendre un café et une pâtisserie.

C’est avec quelques idées préconçues que nous nous sommes assis dans la cave voutée du théâtre de l’Essaïon pour assister au spectacle musical de poche "La Goulue". On pense inévitablement au film "Moulin Rouge" incarné par Nicole Kidman avec sa farandole de clichés colorés et clinquants. Tan, tan, tan, tan, la, la, la…. Elle est entêtante la ritournelle du French cancan ! Dès la première scène de la pièce de Delphine Gustau, la comédienne Delphine Grandsart, seule en piste, remet les pendules à l’heure. Le vrai Montmartre n’est pas aussi glamour qu'au cinéma. Fin des années 1920, Louise Weber, alias La Goulue, grande dévoreuse de vie(s), de vins et de messieurs plus ou moins fortunés, se consume en vendant des allumettes aux passants. Gloire et galères, rires et sanglots, ainsi est passée la vie de la reine des cabarets, la muse de Toulouse-Lautrec, le modèle de Renoir, la gouailleuse, la râleuse, la provocante, l’insoumise. Était-elle belle, La Goulue ? "Elle est pire que ça !" lisait-on dans les journaux de l'époque. 
Le bouche-à-oreille fonctionne bien. La petite salle est comble. Seule en scène, accompagnée à l’accordéon par Matthieu Michard, l'actrice Delphine Grandsart fait des merveilles avec une économie de moyens qui souligne sa performance et son jeu. Pendant une heure, elle est une Goulue incarnée et sismique, parlant, chantant, dansant, pleurant, éclatant de rire, et invectivant la foule (attention pour les hommes timides, les deux premiers rangs forment une zone à risque). Quelle vie ! À six ans, elle danse devant Victor Hugo. Dix ans plus tard, la jeune et rousse lavandière, qui emprunte les robes de ses clientes pour courir les bals, comprend que si elle s’en donne les moyens, la roue du destin tournera à la vitesse de ses jupons au Moulin de la Galette, à l’Olympia, au Moulin Rouge jusqu’à ce qu’elle se lasse de cette vie-là pour s’aventurer avec perte et fracas dans le métier de dompteuse de fauves - une lubie qui faillit lui coûter la vie et avala ses économies. La Goulue, c’est l’histoire d’une femme forte et fière, de rencontres arrangeantes et d’amitiés artistiques, de coups de chance et de retours de poisse. À 19 ans dans un hôtel particulier de l’avenue Foch, à 62 ans fracassée par mille excès dans une roulotte de forain. Tête haute et sale caractère, jusqu’au bout.

LA GOULUE
Au théâtre Essaïon.
6 rue Pierre au Lard, Paris 4e.
Les vendredis et samedis à 21h30 jusqu'au 30 mars puis les lundis et mardis à 21h30 du 15 avril au 25 juin. Prévoyez d'arriver un peu en avance, les places ne sont pas numérotées. Tarif : 25 €, réduit 15 €. Réservation en ligne.

Puisqu’il pleut quasiment à plein temps sur Paris depuis plusieurs mois, la cité Berryer a décidé de simplifier la vie des Parisien(ne)s en déployant dans les airs une flotte de parapluies. Malin. Plus sérieusement, il s’agit d’une installation des Portugais Sexta Feira, une bande de poètes urbains aimant ouvrir leurs pépins colorés aux quatre coins du monde. À voir (par temps de ciel bleu, c’est toujours mieux) jusqu’au 3 avril.

Cité Berryer, 25 rue Royale, Paris 8e, ouvert du lundi au samedi de 8h à 20h30.

À la semaine prochaine !
Gif : de la poétique TagTraum.
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