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HÉRITER D'UN NOM

« Rien de plus patriarcal que les fictions ou Moi-le-Mec non féministe n’arrête pas d’ennuyer tout le monde avec ses questions bêtes, genre qui suis-je, d’où viens-je et qui est mon père. Cette obsession des origines, dans la fiction patriarcale, est le reflet de nos mentalités. L’explication par les origines est un mode de pensée récurrent, de la psychanalyse à la médecine en passant par la famille, la terre natale, la Préhistoire, etc. »

Ïan Larue, Libère-toi Cyborg : Le pouvoir de la science fiction féministe
 

Je nourris depuis plusieurs mois une obsession particulière pour la figure de cyborg. Une notion qui pourrait évoquer ces fictions patriarcales mais qui renvoie à absolument l’inverse : une cyborg est - entre autres - cellui qui s’est détaché.e des généalogies patriarcales enracinées dans des pratiques coloniales de domination et d’asservissement. On retient souvent de sa principale théoricienne, la biologiste, philosophe féministe et historienne des sciences Donna Haraway la phrase suivante : « I’d rather be a cyborg than a goddess » - Je préfère être une cyborg qu’une déesse - et je dois dire que je la comprends : les déesses et mythes oedipiens ont surtout à voir avec des histoires incestueuses de gens qui sont frères, soeurs, cousin.e.s entre elleux (ou tout ça en même temps) qui se violent, se trahissent et s’entretuent. Rien de très fun là-dedans. Passons.

Autrice du Manifeste Cyborg ou de Vivre avec le Trouble, ses idées, pas forcément très accessibles mais toujours passionnantes, imprègnent une bonne partie du prochain numéro Censored sur la transmission. Haraway préfère parler de kinship ou de parentèle (de façon bien plus vaste que les liens biologiques) pour ne plus distinguer les constructions sociales que représentent les mots « maman » et « papa », et dézinguer tout ce que cela implique de l’attribution de rôles parentaux biologiques. Je ne vous apprendrai rien : même s’il est autorisé pour une mère de donner son nom à son enfant depuis 2005 (oui, seulement 2005), le nom des femmes (celui de leur père, du coup) ne traverse en théorie pas le temps. Je porte le nom de mon père, qui porte le nom de son père, qui porte le nom de son père, qui porte le nom de son père. Je n’existe pas plus que les autres femmes de cette famille englouties par ce même nom - ce patronyme - que je garde par dépit et par flemme. Il m’évoque l’histoire froide, la fierté mal placée et les privilèges comme s’ils allaient de soi. Parfois, je pense à en changer ou ne pas en porter. 
 

« L’anonymat court dans leurs veines. (…) Même aujourd’hui, elles sont loin d’être aussi préoccupées que les hommes par le soin de leur gloire et, en général, peuvent passer devant une pierre tombale ou un poteau indicateur sans éprouver l’irrésistible désir d’y graver leur nom. »

Virginia Woolf, Une chambre à soi
 

Même si de plus en plus de femmes hétérosexuelles qui se mettent en ménage conservent leur nom de famille aujourd’hui, les enfants héritent à plus de 90% du nom du père. Et de toute façon, choisir entre donner le nom de leur père, du maître de leur ancêtre ou celui de leur mari est une décision qui ne regarde qu’elles, et qui selon moi ne fait pas vraiment de différence. « La question de savoir d’où on vient es forclose pour les femmes », me répliquait Elisabeth, ancienne membre du MLF, en lui racontant l’objet de nos recherches sur la transmission. 
 

Dans l’usage, nombreux.ses sont les personnes qui choisissent de se renommer, ou simplement de ne pas utiliser de nom de famille, notamment pour des questions féministes ou de genre. En Suède, plus de 1 500 noms de famille sont inventés chaque année. En France, seuls les motifs dits légitimes sont possibles au regard de la loi : s’il est trop péjoratif, pour éviter l’extinction d’un nom de famille, pour le franciser. Face à toutes ces lois, pratiques et compromis pour se réapproprier son histoire, j’ai réalisé à quel point la question du nom de famille était une composante brûlante de la notion patriarcale d’héritage, à distinguer du terme transmission. Un nom ne se transmet pas mais s’impose avec tout son poids d’histoires visibles et invisibles, de postérité et de secrets. Par héritage il faut comprendre « ce qui est déjà acquis ». Il faut comprendre privilèges pour certaine.s, discriminations pour d’autres, il faut comprendre malgré soi et passivité, poids mort de l’histoire. J’ai hérité des yeux bleus de mon père et de ma mère, du privilège d’être née dans une famille blanche de classe moyenne/supérieure. J’ai aussi hérité de secrets dont il dépend de moi de les conjurer ou non. La transmission revêt une dimension bien plus active : elle est ce qu’on reçoit et qui ne va pas forcément de soi. Transmettre implique conscience et consentement - et parfois dévier les trajectoires de la renommée, qui consiste à graver son nom sur la pierre d’un caveau au cimetière. Finalement, c’est être un peu plus cyborg que déesse.
 

« Plus que ces derniers, elles ont à inventer véritablement leur destin, à négocier la place qu’elles occupent et occuperont dans le monde commun et le sens qu’elles lui conféreront. Pour elles, plus rien ne va « de soi » : les principes qui avaient régi la vie des générations antérieures sont remis en question. Les modèles maternels, s’ils ne sont pas reniés, ne suffisent cependant plus à inspirer les nouvelles identités. »

Françoise Collin, Un héritage sans testament

 
PARIS ELECTRONIC WEEK À LA GAITÉ LYRIQUE :
MÉDIAS, RÉSEAUX SOCIAUX ET SEXISME 

 

Tandis que de nombreuses opérations sont montées pour mettre les femmes en avant au sein des événements et dans les médias, celles-ci ne cessent d’être l’objet de torrent de haine à leur égard, notamment dans les commentaires sur internet. Quel impact pour ces femmes ? Quelles responsabilités de la part des médias ? Censored en discutera avec Piu Piu et Marion Delpech ce vendredi 24 septembre à la Gaité Lyrique. Entrée libre sous réserve des places disponibles. Plus d'informations ici.

NUITS SONORES ET EUROPEAN LAB BRUSSELS :  DEEP SEA BLUE /  VOIS CE BLEU PROFOND TE FONDRE

Film de Laure Prouvost présenté au Pavillon français de la 58e Biennale de Venise (curation de Martha Kirszenbaum), Deep See Blue Surrounding You / Vois Ce Bleu Profond Te Fondre s’attache à figurer, non sans utopie et surréalisme, un voyage échappatoire vers un ailleurs idéal. À Bozar, la projection du film sera accompagnée de performances de ses personnages et suivie de deux concerts inédits des musicienn.e.s en ayant composé la bande-son : Lafawndah et Flavien Berger. 

Nous serons présentes à cet événement phare de Nuits sonores Brussels et avons par la même occasion invité les membres All Inclusive à nous rejoindre ! Pour plus d'informations sur cette soirée et sur la programmation de Nuits sonores et European Lab Brussels, ça se passe ici.
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Ma meilleure vie - P.R2B
Closure - Niariu
Don't Forget About Me - Noname
damn Right - AUDREY NUNA
Orange - Roxy Rose

 
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