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Paroisse Notre Dame de la Baie
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Au souffle de l'Esprit

Avez-vous déjà entendu parler des inclusions sémitiques ?

Ce n'est pas une expression qui sort tous les jours au Super U ou dans un manuel pour réussir son Rubikscube en 18 mouvements. C'est un procédé littéraire de la Bible, un procédé superbe qui vous donne envie de faire des études bibliques pour découvrir que sous notre lecture épidermique au gré des événements racontés, il y a un travail de fond qui met en valeur l'essentiel ou nous incite au questionnement, pour peu qu'on se mette vraiment à : lire.

      "La rhétorique biblique existait, mais il a fallu la découvrir, par l’examen des textes eux-mêmes. Et cela a pris du temps, beaucoup de temps. Voilà qui est tout à fait dans la manière biblique. Une formule, à l’emporte-pièce, dit la différence fondamentale entre les deux rhétoriques, la classique et la biblique : « Le Grec démontre, le Juif montre ». Le Grec veut convaincre, par des preuves et des raisonnements, le Juif indique le chemin que le lecteur peut emprunter s’il désire comprendre. Pour forcer le trait, la rhétorique occidentale entend contraindre l’auditeur à adopter son opinion et son jugement, la biblique respecte la liberté du lecteur, sa responsabilité, sa dignité." (Roland Meynet in la rhétorique biblique)

Les inclusions sémitiques ne se repèrent pas au premier abord, elles sont une structure d’écriture qui permet de mettre en valeur un point important ou la question fondamentale d'un texte, poésie ou récit, en répétant, au début et à la fin, parfois en symétrie, une même forme de phrase ou groupe de mots. La même phrase encadrant le texte ou les mêmes éléments posés concentriquement, pour conduire le lecteur à croiser les thèmes autour de LA question qui n'est pas l'élément répété mais celui qui était caché au cœur. C'est habile et ça ouvre, en plus de toutes les autres lectures, de nouvelles portes d'entrée dans la richesse biblique.

Et ça me va bien que ça soit un processus de mise en valeur des questionnements bibliques qui m'ait sorti de mes dernières (petites et partielles) insomnies. Nous sommes en phase deux de confinement, les autorisations ne sont plus nécessaires pour le quotidien, les liens vont pouvoir se refaire avec prudence, mais de mon côté... que dois-je faire ? Réfléchir avec les chrétiens sur les modalités de notre vie communautaire, ok. Mais les lettres ? Elles sont la petite réponse que j'avais osée pour traverser les espaces de nos confinements et ouvrir des communions de réflexion, de prière, d'attention, de dialogue, bref, pour susciter des amorces de vie chrétienne ensemble. Mais faut-il les continuer ?

Il y a le risque de s’essouffler, de perdre de la pertinence au milieu d'un monde qui de nouveau s'accélère... et puis c'est beaucoup une lettre par jour à écrire, c'est même beaucoup à lire... et depuis quelques jours d'ailleurs le rythme de lecture se ralentit. C'est logique. Et ce qui a du sens en mode confiné total ne résonnera pas pareil après. Sauf que pour certains, le quotidien ne va pas tant changer et le rendez-vous matinal est pris. Pur dilemme donc.

Dans les petits choix que j'avais faits au tout début de ces écritures, outre les couchers de soleil tapageurs, l'écriture un pas de côté, et le format de "lettre" adressée, il y avait le désir de ne pas tout partager ce que je recevais comme liens, chansons, images... mais de choisir ce qui pourrait faire sens. Par exemple, je n'ai pas relayé "La Tendresse" de Bourvil par la symphonie confinée. Vous l'avez sûrement eu par des milliers de relais, et ce n'est pas tant moi qui devais vous l'adresser. Je l'ai écoutée, rengainée dans ma tête et ma guitare, et gardée à l'intérieur.

il y a aussi les autres absents que vous avez découvert dans la photo d'hier. Les chansons de Loïc Lantoine, l'amitié de Grégoire Gensse, les bouts de lecture, le cahier de prières à Saint Gaud, les coups de fil, les livres compulsés frénétiquement pour nourrir les lettres, les dialogues secrets, les relectures de certains textes à plusieurs, les mémoires balinaises, la préparation et les dialogues autour de Péguy, ils sont comme les ors dans les tableaux de Fra Angelico, certains sont visibles, d'autres cachés sous la peinture mais ils font toute la vibration de l’œuvre.

Je me demandais donc s'il fallait tenir ou ouvrir, quand j'ai reçu un message de Mélanie, Matthias et leurs filles, Zélie et Rose que vous connaissez puisqu'elles nous soutiennent chaque dimanche dans le chœur. C'était une vidéo, complice, délicate, amusée, belle.

C'était la Tendresse.

chantée à deux par les filles, avec des attentions de l'une à l'autre. Simple. Vraiment beau. Et hop, j'avais ma réponse.

Ce cadeau arrivé ce dimanche après midi, c'est l'autre bout de l'inclusion sémitique, le moment répété qui dit qu'on peut chercher au milieu de tout ce que nous avons posé la question qui commence à vibrer. Comment faire vivre notre communauté, la faire vivre du Christ, par la résonance de chacun. Le récit prend sens, et comme pour tous les récits, nous donne la parole.

Reste à trouver comment faire.
Et comme toujours, le cadeau était déjà là lui aussi depuis plusieurs jours.

J'ai regardé en boucle Clara Ysé et peu à peu j'ai prêté attention aux regards des musiciens, complicités, qualités et dons. Il y a ce rythme donné au début et qui soutient tout, un premier chant qui appelle les autres, les regards qui se partagent, ceux qui posent sur la musique leur talent, et même le percussionniste qui vient donner tout l'épaisseur du morceau sans jamais relever le regard. C'est sans doute cela le lieu de la Parole, de la communauté qui se reçoit du Christ... Ce n'est pas "un" qui parle, c'est un don reçu, vibré et redonné. Dans toutes les circonstances. Par chacun, à sa manière.
La photo qui ouvre cette lettre comme chaque jour sera ma dernière image. Il paraît qu'on appelle cela un "ciel à haubans*". Un ciel dont les nuages nous masquent l'azur et bien souvent les ors, mais un ciel où chaque percée rend visible la lumière. Certes, il fait plus froid qu'au zénith de l'été, mais ce n'est pas non plus le nadir de l'hiver, certes chacune des ouvertures n'est pas totalement pérenne, mais elle laisse passer le Ciel.

Nous avons à percer nos nuages de trouées vers le ciel pour parsemer notre temps de haubans.
Nous avons à renouer, avec prudence et inventivité, avec les trésors de notre vie communautaire, rencontres de fraternités, dialogues, prière, adoration, etc. en veillant à l'aspect sanitaire, bien sûr.
Le ciel commence déjà au premier brin d'herbe, à nous d'en vivre, et de l'inventer

Je vous assure de ma plus profonde amitié,

P. David.

PS : forcément, je ne m'arrête pas totalement et je vous enverrai, de temps en temps (mais pas à 6h15 chaque matin), un petit mot, une image, un texte, un soutien, une liturgie dominicale, des bouts d'organisation, mais je crois que mon temps va être de nouveau happé par un faisceau de relations... c'est donc nous tous qui laisserons résonner la Parole.

* la première photo était elle aussi un ciel presque à haubans... C'est l'église de Saint Pair qui montrait le Ciel. Encore une autre inclusion.
  • Pour ceux qui s'inquiètent des finances de notre communauté, je me permets de vous repasser le lien vers l'interface diocésaine pour les dons il suffit de choisir la paroisse Notre-Dame-de-la-Baie (je vous mets ce lien de préférence à celui de "La Quête", qui porté par une entreprise, exige quelques frais.
  • J'ai fait le virement de plus de 2200 euros à Samir Siad en soutien de son travail. Je crois que pour les 5000 vues de cette vidéo, c'est impressionnant, merci.
  • Un projet semble avancer pour vous donner une trace "papier" de ces quelques mots. Un truc simple sans doute, entre textes et photos, si certains d'entre vous sont intéressés. Ça demandera un peu de travail pour mettre ça dans un format livre, mais on va s'y atteler.
  • si vous avez un doute sur "le strict nécessaire" pour ne rendre personne malade, ce petit jeu de l'oie peut sans doute vous aider.
On a tout écrit nous-même pour vous :)
© 2020 Paroisse Notre Dame de la Baie


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