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Dimanche 23 mai 2021

Bon dimanche, chères lectrices et chers lecteurs !
 

C’est aujourd’hui la saint Galet et le jour de l'angélique dans le calendrier républicain français. Au Japon, où il existe 72 micro-saisons, nous sommes au beau milieu de Kaiko okite kuwa o hamu, celle où « les vers à soie se régalent des feuilles de mûrier ».

Bienvenue dans L’Intimiste, la lettre des histoires de la vie et du quotidien sensible, qui paraît à un rythme presqu'hebdomadaire. Depuis le 2 mai, pour nous permettre de préparer l'avenir (comme nous l'expliquions dans notre numéro du 25 avril), nous rediffusons un bouquet de nos archives avec de temps en temps des fleurs fraîches dedans (aujourd'hui, un texte inédit de l'écrivain Léon Mazzella). En cette journée mondiale de la tortue, cette lettre (éditée par Les Presses de la lenteur...) célèbre à sa manière d'autres rythmes de vivre. 
Bonne lecture ou relecture !

[Cette newsletter a été mitonnée par l'équipe de L'Intimiste avec le soutien de notre tarte aux fraises, rhubarbe et angélique confite. Parfois tronquée dans les boîtes mail, nous vous conseillons de la lire ici.]

NOS SAVOIR-VIVRE
S'aimer au rythme du cargo
Par Sandrine Tolotti
 
Pour commencer mal, l'histoire commençait mal ! Dev et Liz, deux trentenaires New-Yorkais en quête d’une âme à peu près sœur s’étaient rencontrés grâce au boulot, s’appréciaient assez, avaient passé ensemble quelques soirées « prometteuses » selon le récit qu’en fait Dev ici et (avec elle). Tout allait donc pour le mieux jusqu’au jour où il y eut... un hic. Au huitième rendez-vous, Liz annonce tout à trac : « Mon astrologue estime que ce n’est pas le bon moment. »  

Dev, qui n’en est pas à son premier échec amoureux, trouve le réconfort auprès d’un ami, peste contre l’astrologue et passe à autre chose.
Mais les étoiles, en la circonstance, devaient être en bisbille avec leur interprète puisque Liz fit bientôt savoir qu’elle avait changé d’avis. Les deux célibataires se donnèrent un neuvième rendez-vous dans un petit bar à vin. Il allait réaligner leurs planètes.

De retour de voyage, Dev montre à la jeune femme une photo d’un cargo au milieu de l’océan, prise depuis l'avion. Une chose en amenant une autre, ils glosent sur ce monde dont nous ne ressentons plus les distances. Se demandent ce que cela ferait, au fond, d’aller en Europe par la mer.
- Faisons-le, suggère Liz. Traversons l’Atlantique en cargo.
Et ça les fait rire.
Mais le lendemain, comme si une fée à l’esprit farceur rôdait dans leurs parages, Dev envoie un message en racontant qu’il pense toujours à cette histoire de cargo.
Vingt minutes plus tard, elle avait réservé. « Gloups », écrit-il.

Résumons : ils se connaissent à peine, n’ont jamais passé une nuit ensemble, une astrologue leur prédit le pire et ils s’apprêtent à loger dix jours dans la même cabine spartiate d’un porte-containers haut de quinze étages et long comme trois stades de foot mais avec à son bord, en tout et pour tout, vingt-huit personnes, dont le capitaine et dix-huit membres d’équipage… L’affaire ressemble plus à un test de résistance en conditions extrêmes qu’à un rendez-vous amoureux. De fait !
Le troisième jour, Dev déclarait sa flamme. (Il semble que l’oisiveté forcée aide à se connaître en profondeur et, dans leur cas, les profondeurs étaient au goût de chacun.) Le cinquième jour, ils faisaient des projets d’avenir. Le huitième, ils se disputaient. Liz reprochait à Dev de ne pas tenir compte de son besoin d’être un peu seule, de ne jamais l’écouter, de voir toujours midi à sa porte. Dev reprochait à Liz d’être aveugle à la réalité : ils étaient condamnés à se regarder toute la sainte journée dans le blanc des yeux.

A terre, dans ce cas-là, on appelle son ou sa meilleure amie, déverse ta bile et cherche une autre âme à peu près sœur. Un(e) de perdu(e), dix de retrouvé(e)s.
Mais, coincé sur l'Atlantique, Dev passe l’après-midi sur le pont à réfléchir en se repassant le film de leurs conversations, doit reconnaître que oui, en effet, elle lui avait parlé de son besoin de respirer.
Au soleil couchant, il rentra.
- Je suis désolé, dit-il.
- Moi aussi, dit-elle.

Quelques semaines plus tard, ils allaient ensemble chez l’astrologue, dont le verdict tomba : Dev et Liz étaient parfaitement assortis. Je ne connais pas les compétences de cette personne et n’ai aucune lumière sur la position des étoiles, mais deux choses sont sûres : l’astrologue était très psychologue et la réclusion peut, parfois, avoir du bon.
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UN CERTAIN REGARD
Souffler sur les toits de Dacca 
Images Homayra Adiba, texte Sandrine Tolotti
 
Je suis tombée amoureuse de cette série photographique au premier regard. A cause de l’atmosphère poudrée qui règne sur les images de la jeune artiste Bangladaise Homayra Adiba. A cause de la lumière bleutée, doucement mélancolique, du crépuscule qui les nimbe toutes. A cause du plaisir que je prends, généralement, à capter des pans de vie inconnues et à tisser avec ce fil l’étoffe imaginaire des existences qui se cachent derrière les murs ; exactement pour les raisons que la journaliste Mona Chollet explique dans Chez Soi : « Lorsque, à la nuit tombée, on se promène dans les rues le nez en l’air, cherchant à deviner les intérieurs à travers les fenêtres éclairées, ce qui satisfait le plus notre œil est de capter une ambiance, un éclairage, un détail : une lampe ou un lustre, un pan de bibliothèque, un store ou un rideau, un balcon chargé de plantes. L’imagination ne demande pas mieux que de pouvoir compléter le tableau, travailler à partir de l’impulsion qu’elle a reçue de cet indice. Le fragmentaire est son aphrodisiaque ; la frustration, son aiguillon. »

Et l’imagination est à la fête, avec les photos des toits de Dacca prises par Homayra Adiba. Même quand personne n’y figure. On a vite fait de se figurer par-delà les moments de sérénité et/ou d’abandon qui s’y donnent à voir les jeux d’enfants derrière quelques Lego qui traînent, une élégance de rien derrière un sari vaporeux qui sèche, la détente du fumeur derrière un paquet de cigarettes éventré. Les images sont si délicates et complices qu’elles nous permettent d’accéder à un espace intime non pas en voyeurs, comme cela arrive parfois (voyez, sur un sujet proche, le léger malaise que crée cette vidéo amateur des terrasses et balcons de Barcelone durant le confinement) mais en témoins. Ce miracle-là tient à la sincérité absolue de la démarche d’Homayra Adiba.

La jeune photographe est partie explorer les toits-terrasses de sa ville natale pour y retrouver une part d’elle-même, l’empreinte des moments d’enfance passés avec ses cousins, ses oncles, ses parents au sommet de l’immeuble rouge qu’occupait, ensemble, la famille élargie. Comme bien des habitants des vieux quartiers de la capitale bangladaise, c’est sur la terrasse qu’ils venaient se retrouver et souffler : « Je me souviens de tout comme si j’avais 10 ans, raconte-t-elle. Plabon, un de mes cousins, adorait jouer les détectives ; il passait des heures à essayer de découvrir comment un morceau de perle avait fini sur la terrasse. Mon oncle m’apprenait la vie des arbres. Un autre oncle, poète, avait l’habitude de jouer de la flûte. J’entends encore sa mélodie quand je regarde la ville depuis une terrasse. Avec mes cousins, on jouait au cerf-volant, on comptait les étoiles. Et quand il tombait des cordes, nous montions sur le toit, ma mère, mes sœurs et moi, pour chanter et danser sous la pluie. »

Les souvenirs de la photographe ressemblent comme deux gouttes d’eau aux images qu’elle a prises durant près de trois ans (elle vogue depuis vers de nouvelles aventures américaines, toujours aussi humaines) pour conserver la trace d’un mode de vie qui disparaît ; d’un mode de vie d’avant l’Internet, d’avant la croissance des gratte-ciels et la raréfaction du temps libre dans la capitale bangladaise aussi… Il était une fois des moments non formatés qui s’étirent sur une terrasse, il était une fois la possibilité d’échapper, grâce au ciel, au chaos et à la foule d'une métropole de dix-huit millions d'habitants. « Quand on regarde la ville de là-haut, confie la photographe, on veut ralentir et se reposer. On peut juste y aller pour s’asseoir, vous savez ? Aussi longtemps qu’on veut. »
C’est cela aussi, qui fait le charme des images d’Homayra Adiba, cet autre rapport au temps et à l’horizon qui permet cela et qui se perd. A Dacca comme ailleurs.
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LA CARTE BLANCHE
Cet espace « carte blanche » est réservé aux auteurs qui nous proposent un récit de la vie sensible comme nous les aimons. Journaliste et écrivain, Léon Mazzella (dont on peut découvrir le blog) a son port d’attache dans le sud-ouest et l’art de partager les émotions des jours, son émerveillement face au spectacle de la nature. Son livre le plus récent, Le Bruissement du monde, est paru en janvier aux éditions Passiflore. Il raconte ici comment l’asthme l’a transformé. Ce mal lui a appris à observer l’infime, à l’écrire et même, pour tout dire, à respirer…  
My funny Ventoline 
Par Léon Mazzella
 
Je vivais chaque nuit dans la position de Buddha, lorsqu’il est représenté accroupi, en tailleur, le dos rond, le visage dans ses mains largement ouvertes, et qu’il figure une sorte de tortue à la carapace généreuse [comme ça]. J’étais ainsi sur mon lit d’adolescent, dans ma chambre d’enfant, chez mes parents, chez moi encore, j’avais onze ou douze ans je crois, et ma vie nocturne était réduite à une impossibilité de respirer automatiquement absolument insoutenable, sauf dans cette position, au moins pour un temps certes très court, mais qui avait la vertu de soulager un peu mes muscles, mes os, mon esprit. Je n’aimais donc pas la nuit. Je la redoutais. Elle était synonyme de souffrance. J’aurais voulu l’écourter. Je précédais l’aube d’une heure, parfois, en la hâtant en pensée. Mon amour pour l’aube vient partiellement de là. Je ne parlais pas de mes nuits. Ce tort féconda une fringale d’écriture. Je le crois. La douleur fut peut-être ma chance. Mais à quel prix. J’ai passé des centaines de nuits dans cette position, avec un oreiller calé entre mon ventre et mes jambes repliées. Parfois, je restais ainsi sur la moquette, car le lit m’était trop mou, mouvant, instable, marin ; un hamac sans amarres. Je finissais par penser que chacun devait tenter de dormir ainsi, comme moi, dans cette inconfortable position. En réalité, puisque j’avais connu tant de nuits ordinaires, je savais bien que c’était faux. Mais j’ignorais l’identité de mon mal.  
 
Surtout, je ne parvenais pas à l’exprimer, comme s’il s’agissait d’une honte, oui, d’une honte. Pire, je crois qu’il m’était acquis que cela devait se passer ainsi. Ne pas parler de ce qui ne va pas, de ce qui fait mal, de ce qui empêche. Telle me semblait être la règle unique. Garder la bouche fermée, les dents serrées. As-tu bien dormi mon fils – Oui papa. Tiens, mange tes tartines, ne te mets pas en retard. Never complain. Et, davantage, en l’occurrence, never explain ; travail d’amont. Les années douloureuses furent nombreuses. Une vingtaine. C’est beaucoup. Vraiment. Ma seule paix, durant tant et tant de nuits, je la trouvai debout, me forçant à lutter contre le sommeil qui m’envahissait pourtant, et à marcher dans la maison, en bas, entre salon et cuisine, et dans le jardin, pieds nus l’été, chaussé l’hiver.
 
Puisque c’est dehors la nuit que j’ai commencé d’éprouver la nature, je remercie l’asthme de m’avoir familiarisé avec la voûte céleste, avec la voie lactée que j’ai apprise, avec le hululement de la chouette effraie, de la hulotte, de la chevêche, avec l’air chargé de vase et de marée – nous habitions au-dessus de la Nive, à Bayonne, qui charriait deux fois par jour ses remugles montagnards et campagnards à l’aller, et marins au retour. Je le remercie de m’avoir permis d’apprivoiser cette tisane froide des parfums nocturnes de l’herbe, et aussi l’odeur de la rosée, cette autre qui composait un bouquet lié d’une infusion précieuse, une liasse dans laquelle le chèvrefeuille se frottait à la menthe, la rose trémière au tilleul, le gazon tondu à la terre gorgée d’eau. J’écoutais les grenouilles, les crapauds aussi, le chuintement du vol des hiboux, le passage d’un sphinx, gros papillon de nuit, qui venait se cogner au lampadaire municipal, devant le portail de la maison, le passage furtif d’un chat de gouttière, la fuite suave d’un ragondin au poil gominé, car il en traînait, qui remontaient de la rivière, pour venir brouter à l’aise et à l’insu des chiens de garde.
 
Nous n’avions pas le droit d’être malade, à la vérité. Une sorte d’inhibition causée par la peur de mes parents de voir un de leurs enfants souffrant – mes deux sœurs et moi-même -, m’envahissait. Au moindre éternuement, notre père déclenchait un plan de riposte médical qui, par sa démesure, était grotesque. Mais ça, un enfant le ressent, mais il ne peut encore le dire. Aussi, ai-je toujours étouffé mes éternuements. Le moindre chatouillement de la gorge entrainant un début de toux m’effrayait : ne pouvant la retenir, j’étais aussitôt démasqué, je perdais ma paix, je ne m’appartenais plus. Repéré, objet d’une attention stupide, j’étais aussitôt diminué, réduit à une chose fragile et en danger, dépendante, qu’il fallait calfeutrer, confiner, enfermer, soigner afin d’endiguer le spectre d’un mal plus grand. Je ne sais d’où venait cette frousse de perdre leurs enfants qui animait des parents devenus tellement protecteurs que leur prudence excessive interdisait que nous puissions nous armer en fabriquant des anticorps. En conséquence, ma petite crainte m’obligeait à taire toute égratignure, toute douleur. Mon oreiller absorbait les sons de la toux et de chaque éternuement. La honte d’être malade prit ainsi le relais de la peur. Le sentiment d’être en faute, de faire mal en tombant malade m’étreignait à chaque bronchite. Ainsi passèrent la fin de mon enfance, mon adolescence, et les premières années de ma vie d’homme. L’apparition de l’asthme avait enclenché ces années clandestines.
 
En 1980, j’avais vingt-deux ans, la disparition de mon grand-père augmenta le rythme de mes crises nocturnes, bien que celles-ci survenaient surtout le week-end, désormais, car j’étais étudiant à Bordeaux, où mes nuits étaient plus paisibles, parfois profondes. Une question d’humidité, sans doute. Mes bronches rétrécirent de tristesse, je ne m’habituais pas à leur chuintement aigu à chaque respiration forcée. Les muscles des épaules et du torse étaient fourbus de devoir se distendre afin d’augmenter la capacité d’une cage thoracique continuellement sollicitée ; par force. Un jour, un copain de lycée, « grand » asthmatique de naissance, me tendit son flacon coudé bleu ciel recouvert d’un bouchon bleu marine. Mais, comme il m’avait déjà dit que son usage l’avait conduit à plusieurs reprises à l’hôpital car il y avait un risque cardiaque à l’utiliser, je refusai. La peur, sans doute, de me retrouver hospitalisé et de recevoir la visite de mes parents, qui transformeraient ma chambre en cellule stérile, en prison à vie, me paniqua. Même si l’étau ne prenait pas de vacances, je choisis de continuer de lutter, de ne pas dormir, d’entamer mes journées épuisé, perclus de courbatures, vermoulu, avec l’impression d’avoir été roué de coups.
 
Ainsi jusqu’à ce jour de 1991, en pleine brousse, au nord du Burkina Faso. Une crise m’avait soudain saisi à la tombée de la nuit, alors que l’asthme commençait à me laisser en paix depuis quelques années. Il ne s’acharnait plus, mais lorsqu’il resurgissait, il devenait intraitable, ses mâchoires ne desserraient pas. Me voyant empêtré, ayant reconnu les sifflements caractéristiques, un voyageur présent au campement me lança : « Vous semblez avez oublié votre Ventoline en France ». Je répondis que je n’en avais pas, et que je n’en avais encore jamais utilisé. En guise de réponse, il me tendit le petit spray bleu qui ne le quittait pas : « Tenez, vous allez voir, ça va passer tout de suite. Retournez-le, mettez-le dans la bouche et inspirez à fond tout en appuyant dessus. C’est comme ça que ça marche. Allez-y ! ». Je ne réfléchis pas, ôtai le capuchon et envoyai ma première bouffée dans les poumons. Ce fut un choc. La naissance d’un nouveau bonheur. Un miracle. L’apparition de la Vierge. Un orgasme. Un coup de foudre. L’expérience de la sidération. Subjugué, car instantanément débarrassé des griffes du mal, j’éclatais de rire bêtement comme un enfant qui ouvre une pochette-surprise. L’effet fulgurant du salbutamol, la molécule unique composant la Ventoline, son effet bronchodilatateur, m’apparut comme quelque chose d’absolument magique. D’un seul pschitt, d’une seule bouffée de rien du tout, je pouvais annihiler une crise sur l’instant, lors qu’il m’avait fallu jusque-là patienter douloureusement une nuit entière jusqu’à l’aube et au-delà, pour en voir diminuer chacune à mesure, ce jusqu’à l’effacement total. Seule l’anesthésie générale que je subis longtemps après – cette impression de partir inexorablement, de glisser comme du sable entre les doigts disjoints -, produisit un effet comparable mais à l’envers sur mon corps et ma conscience. Je ne conçus aucun regret d’avoir perdu tant de temps. Je n’en voulus jamais à mes parents de m’avoir d’une certaine façon empêché de leur parler du mal dont je souffrais. Je tirais au contraire une certaine fierté de m’être débrouillé par moi-même, de façon empirique certes, mais tout seul.
 
Depuis, comme chaque allergique, je ne puis me déplacer sans ma Ventoline. Et même si je n’en ai plus l’usage, mon asthme ayant fini par capituler, il me faut quand même (s)avoir un, voire plusieurs sprays pas loin : table de chevet, boîte à gants, sac de week-end. L’oublier pourrait provoquer une angoisse telle qu’elle déclencherait une crise. Aussi, le flacon bleu ciel à bout bleu marine fait-il constamment partie de mon viatique. Aujourd’hui, lorsque la date de péremption est dépassée, je les jette sans les avoir utilisés une seule fois. Et je m’en procure d’autres. Au cas où.
 
Je remercie aussi cette tentation de mettre ses enfants en couveuse, car se sentir épié en permanence – pour son bien -, génère un besoin de fuir, une soif de solitude. L’envie de s’en sortir. D’apprendre à. Engendre l’aversion pour toute aide. Entretient le devoir de ne jamais se plaindre. Voire celui d’endurer avec stoïcisme. De ne jamais passer pour une victime. D’affronter les éléments, de regarder le soleil en face sans le recours aux lunettes protectrices, d’endurcir son corps, de marcher pieds nus sur le sable brûlant, de prendre des coups et d’en donner parfois. De braver le froid comme la chaleur, la faim et la soif, les ronces comme les vagues. Je pris très tôt le contrepied. J’en conçus une urgente nécessité, un besoin vital. Il me fallut d’abord vérifier qu’un rhume n’est pas mortel et qu’une chute de vélo ne rend pas tétraplégique. Puis, que le surf ou l’escalade ne sont pas des activités si périlleuses qu’on le prétend. Plus tard, que voyager forge la jeunesse. Que courir l’encierro à Pampelune devant les toros envoie sa dose merveilleuse d’adrénaline. C’est donc peut-être grâce à cette surprotection initiale que j’ai toujours aimé braver le risque, faire l’expérience de mes limites, me mettre en danger. Aussi, n’est-ce pas un hasard si j’ai découvert la Ventoline en brousse, après une journée d’approche d’un troupeau de buffles, armé de jumelles, au cours de laquelle je fis une rencontre décisive avec le regard d’un lion.
 
Reste que l’asthmatique manque d’air, s’il ne manque pas de courage. La course de fond ne sera jamais une discipline dans laquelle il brillera. La course de vitesse sur courte distance (80, 100 m) oui. La nouvelle davantage que le roman. Les histoires d’amour brèves. L’aventure forte, puis classée sans suite. Faire court, ce n’est pas si mal. Que Proust, asthmatique notoire, ait pu écrire une œuvre si ample, aux phrases si longues qu’elles essoufflent leur lecteur à voix haute, laisse penser en somme que son encre était du salbutamol. Funny Ventoline…   

[Photo Léon Mazzella]

JUSTE UN MOT

L'art de faire « pénégésine »

Même si le soleil n’est pas partout au rendez-vous, le week-end de la Pentecôte paraît opportun pour pratiquer l’art divin de la « pénégésine », ce terme méconnu qui désigne le presqu’allongement pour tout latiniste qui se respecte (de péné = presque et gésine = allongement) ; exactement comme la pénombre désigne la presqu’ombre et la péninsule la presqu’île. Ce terme est méconnu car il existe dans la langue érudite et poétique d’Isidore et elle seule, une langue qui n’eut en tout et pour tout qu’un locuteur, lui-même.
Isidore était tellement fou d’étymologie que France Culture lui consacra en 1987 un entretien réalisé par Thierry Lamireau. Troisième du nom dans la lignée familiale – d’où son pseudonyme d’Isidore III –, ce pharmacien consacrait l’essentiel de ses loisirs à collectionner les termes les plus géniaux du patois (comme le merveilleux « Amanduire » = « mettre à portée de main ») ou inventer des mots à partir du latin et du grec pour donner un surcroît de panache à la langue et de sel à la vie.
« Pénégésine », donc. Dans le monde précis d’Isidore, le presqu’allongement peut prendre différentes formes, qu’il se plaît à expliciter. Bien sûr, à ce jeu, le hamac est roi ; mais une paire de chaises (le sujet est assis sur la première et pose ses pieds sur le dossier de la seconde) fait des miracles aussi, selon Isidore : « Dans une pièce ensoleillée, en train de lire ou de fumer : délicieuse pénégésine ! » Passons les détails, que vous trouverez ici.

Le vocabulaire d’Isidore est une malle aux trésors, dont on se permet d’extraire aussi « enjumenter » (le mouvement de cheveux d'une femme qui ressemble au mouvement d'une crinière), « longéviculture » (le soin aux personnes âgées) et le suprême « impactogène » si simple, si juste qu’il se passe de définition.
Ecouter Isidore dire « Les mots comptent parmi les drogues les plus puissantes, les plus impactogènes », c’est comme tomber par le trou du terrier et découvrir un autre monde. C’est devenir un peu Alice au pays des merveilles, quand bien même le travail de ce militant du langage n'a pas été aussi impactogène qu'il l'aurait voulu. Le pharmacien-linguiste eut beau écrire aux présidents et autres « élites », fabriquer et envoyer des tracts, se planter avec son pliant et ses pancartes aux carrefours passants de Quiberon, l’été, vêtu de sa blouse blanche et d’une écharpe rouge (en soie naturelle) pour la mise en scène, rien n’y fit. Sa langue resta ignorée.
Nous devons donc une fière chandelle à Clara Beaudoux, qui l’a récemment exhumée. La journaliste et documentariste a coutume de chasser les traces laissées par les anonymes et de les mettre en lumière (comme dans le fabuleux Madeleine project). Il se trouve qu’elle est aussi la petite-fille d’Isidore, redécouvert en farfouillant dans un vieux lot de cassettes audio familiales. Le résultat est un petit bijou radiophonique, belle épitaphe à ce drôle de zébulon (« J’ai l’âge de vos artères », dit-il à Thierry Lamireau »), savant (son frigo n’était pas branché et lui tenait lieu de bibliothèque) et qui nous manque déjà, à nous qui venons de faire sa connaissance.
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LA MACHINE A REMONTER LE TEMPS


Lundis de fête 

Par Sandrine Tolotti 

Il suffit quelquefois de parcourir un récit oublié dans les archives pour croiser une vie d’hier qui nous émeut. Une vie qui n’a pas laissé d’autre empreinte connue. Une vie ignorée, vraiment. Mais une vie qui tout de même nous ouvre à son monde. Comme celle d'une jeune ouvrière parisienne désargentée dont parlent Mœurs parisiennes en 1831. Elle a tant envie d’aller faire la fête dans une guinguette de la barrière du Mont-Parnasse avec une amie qu’elle met son parapluie chez une fripière pour en obtenir quarante sous. Le prix d’une journée de valses et de contredanses avec de beaux cavaliers, le prix des ripailles copieuses et arrosées, le prix du plaisir de vivre en somme. Elle nous ouvre sans le savoir à un monde modeste et un monde joyeux qui nous semble familier, mais aussi terriblement exotique puisque tout cela se passait un lundi… En ce temps-là, le premier jour de la semaine, c’était souvent la bamboula !
Cette image d'Epinal de 1837 campe l'image que les critiques se font du Saint Lundi, ce personnage profane et ripailleur, bouteille à la main, que les ouvriers et artisans (savetier, perruquier, chapelier, cordonnier, tailleur, maçon, forgeron, imprimeur...) célèbrent alors en chômant volontairement ce jour-là. (Collection Gallica/BNF.)
Imaginez ! Nous sommes lundi (pas férié) et vous allez travailler ; c’est normal. Mais une fois arrivé, pas question de s’installer devant sa machine ! A la porte, vous retrouvez vos collègues et néanmoins amis,  installés pour discuter tranquillou au soleil. Preuve que le lundi au soleil a bien existé (suivez ce lien improbable et à déguster jusqu'au bout…). Vous descendez un godet, ou vous acheminez ensemble clopin-clopant vers le mastroquet de votre choix, à moins que vous n’ayez directement rendez-vous à la guinguette ; et que ça boit, et que ça danse et que ça refait le monde ! Eh bien, vous ne faites rien d’autre que célébrer comme il se doit ce que les mauvaises langues appellent « saint Lundi » et que le Journal amusant, en 1857, brocarde en ces termes :
Il fut longtemps de coutume, dans le monde ouvrier et artisan, de chômer volontairement le lundi pour consacrer la journée à l’amitié. Ce rituel, d’abord le prolongement naturel du repos dominical, certes voué à Dieu et à la famille mais aussi festif, se mit à voler de ses propres ailes à partir de 1830. Le travailleur prend alors le pli d'aller au turbin plutôt qu'à la messe, comme l’explique l’historienne Mathilde Larrère dans cette vidéo. De moins en moins déluré, de plus en plus familial, le dimanche s’était en effet trop assagi : désormais, écrit l’historien Robert Beck, « c’est la Saint-Lundi qui possède le monopole de la fête pour une partie de la classe ouvrière. »
Un peu partout en Europe et en Amérique du Nord, en ce XIXe siècle où il bat son plein, le rite est une véritable institution ; on le retrouve non seulement en France, mais aussi dans les pays scandinaves et germaniques, en Catalogne et en Andalousie, en Belgique et en Angleterre, au Canada et on en passe. Issu du monde des compagnons, il est particulièrement répandu chez les ouvriers qualifiés, payés à la pièce et traditionnellement plus libres de leur temps.
Le travail à heures libres

En un temps précapitaliste que les moins de 200 ans ne peuvent pas connaître, la liberté de s’organiser à sa guise était grande. Rémunéré principalement à la tâche, le travail se coulait plus gracieusement dans les vies, et chacun gérait l’alternance du labeur et de l’oisiveté selon ses besoins en espèces sonnantes et trébuchantes et en loisirs. Même les ouvriers soumis à des horaires (car on trouve dès le XIIIe siècle, dans les grands centres textiles d’Italie et d’Europe du Nord, des cloches marquant le début et la fin du travail) disposaient d’une licence certaine dans une société où la vie était davantage scandée par l’église, le soleil et les saisons que par la mécanique horlogère.
S’ensuivaient des situations qui paraissent aujourd’hui saugrenues. Dans les années 1720, par exemple, les papetiers du Massif central s’attaquèrent aux facéties horaires de leurs compagnons : les ouvriers avaient pris l’habitude de venir travailler à 3 h 00 du matin pour vaquer, l’après-midi, à leurs propres occupations. Or la chose coûtait aux patrons une fortune en chandelles. Ces petits arrangements avec les heures eurent cours jusqu’à un stade assez avancé dans l’histoire de nos sociétés : la fin du XIXe siècle, pour faire vite. Saint-Lundi se fêtait dans ce monde-là.
La célébration, qui se déroule souvent dans une ambiance transgressive de presque carnaval (comme en témoigne par exemple le texte de cette chanson), a mauvaise réputation dans les autres milieux sociaux. La journée, perdue en bacchanales, dit-on, empêche d’épargner et favorise la violence ; on n’a pas totalement tort. Le vin est incontestablement de la fête, comme il l'est de toutes, et le lundi parisien se distingue dans les années 1830 par le nombre des bagarres (entre Auvergnats et Limousins, par exemple). Mais le phénomène ne se réduit pas à ces débordements.
Des familles entières se rendent aux barrières pour s’y amuser les dimanches ET les lundis. Elles en profitent itou pour aller au théâtre (ce qui ne plaît pas davantage aux pourfendeurs de la chose, car la comédie sent aussi le souffre) ou faire une visite (en témoigne la fréquentation monstre, les lundis, de l’exposition universelle de 1855). Et puis, les ouvriers organisent parallèlement ce jour-là des réunions politiques (ce qui ne plaît toujours pas davantage aux militants anti-lundi, on s’en doute).
A ce stade, tout le monde avait oublié les lointaines origines chrétiennes de la coutume.
L’héritage du « lundi perdu »


C’est dans les entrailles du Moyen Age qu'a germé la Saint-Lundi.

• Le « Lundi Perdu », celui qui suit l’Epiphanie, est alors jour de fête populaire en Flandres : « Les ouvriers et les apprentis parcourent les rues dès le matin pour demander un pourboire dans toutes les maisons où ils ont travaillé, raconte l’anthropologue Renaud Zeebroek. Leur tournée terminée, ils se rendent dans les estaminets et les auberges où ils restent jusque tard dans la nuit à boire et à se divertir. » 

La tradition, respectée partout aux Pays-Bas, en Belgique et dans le nord de la France, évolue au fil du temps mais ne s’éteint que lentement : on la trouve encore dans quelques métiers au XIXe siècle (aujourd’hui, elle subsiste sous une toute autre forme à Tournai et dans la région d’Anvers).

• A l’origine, le lundi qui suit l'Epiphanie fait partie du cycle des fêtes aux âmes des morts, dont le Moyen Âge est avide. Et ce jour-là, les plus hautes autorités des villes devaient recevoir une ration spéciale de vin.

• Tout cela ne tombait pas un lundi par hasard. Depuis le XIe siècle, la liturgie recommande de prier pour les morts le lundi matin. C’est le « lundi des Trépassés » dont la célébration comprend généralement une messe et une procession au cimetière pour bénir les tombes et apaiser les âmes au purgatoire.

Le merveilleux, dans l’affaire, tient à l’argumentaire qui a permis de fonder cette nouveauté liturgique : la conviction que le rythme des morts épousait celui des vivants, puisque le Christ avait accordé un répit aux damnés le dimanche, pour la fête de sa résurrection. Le lundi, ici-bas comme au-delà, symbolisait donc la reprise des peines pour tous.

De là à s'imaginer que le retour au labeur était responsable de la reprise du tourment des âmes, il n’y avait qu’un pas. Il fut si bien franchi dans la culture populaire qu’un manuel de confesseur du XVe siècle prenait soin de préciser : « Quand je dis que le lundi, c’est mauvaise action de se lever de bonne heure car les âmes recommencent à souffrir dès que le premier recommence à travailler, je pêche mortellement. »

Ces racines respectables n’ont pas sauvé la Saint-Lundi, clouée au pilori par les élites religieuses et économiques du XIXe siècle. La concurrence festive au dimanche chrétien déplaisait fortement à l’Eglise. Et le manque à gagner chagrinait les patrons, parfois obligés d’arrêter les machines faute de bras ce jour-là (un statisticien a estimé la perte provoquée par cet absentéisme à 11 milliards de francs en 1851, soit 36 milliards d’euros environ). Avec la mécanisation et la motorisation généralisées, à la fin du siècle, les industriels s’accommodent de plus en plus mal de l’organisation baroque du travail liée à l’autonomie de la main-d’œuvre.
Ils sortent la carotte et le bâton pour éradiquer la pratique : les usines renvoient les fêtards du lundi, qu’on exclut aussi de l’accès aux bureaux de bienfaisance ; à l’inverse, ceux qui boycottent le rite reçoivent une prime et certains industriels du textile leur offrent même un verre d’eau-de-vie (par où l’on voit que la lutte contre l’alcoolisme n’est pas la seule préoccupation).
Le mouvement ouvrier lui-même rejoint, dans les années 1880, la campagne contre l’ivrognerie et ajoute à l'opprobre dont fait l’objet la Saint-Lundi. C’est le moment où l’école obligatoire impose à tous les foyers un rythme hebdomadaire qui gravite autour du dimanche et donne une nouvelle valeur à la vie familiale. Bientôt, les syndicats ne se battront plus pour la liberté horaire mais pour la réduction du temps de travail.
En 1923, la messe sera dite. L’Intransigeant publie l’acte de décès du rituel sous ce titre : « On ne fête plus Saint Lundi. »
 
Paix à l’âme de cette tradition dont la mémoire collective a perdu jusqu’au souvenir. A moins que… Et si les formes contemporaines de haine du lundi, des plus drôles aux plus stéréotypées, étaient le vestige évanescent de ces pratiques sociales de très longue durée, dont nous serions les héritiers inconscients ?
Le mot de la (presque !) fin 
 
Tous les hommes se divisent, et en tout temps et de nos jours, en esclaves et libres ; car celui qui n’a pas les deux tiers de sa journée pour lui-même est esclave, qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : politique, marchand, fonctionnaire, érudit.
[Nietzsche, Humain, trop humain.] 
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JUSTE UN POEME
Un choix proposé par Sandrine Tolotti
Ah si le jeune homme était un arbre

L’arbre est le frère de l’arbre ou son bon voisin. Le grand se penche sur le petit et lui fournit l’ombre qui lui manque. Le grand se penche sur le petit et lui envoie un oiseau pour lui tenir compagnie la nuit. Aucun arbre ne met la main sur le fruit d’un autre ou ne se moque de lui s’il est stérile. Aucun arbre, imitant le bûcheron, ne tue un autre arbre. Devenu barque, l’arbre apprend à nager. Devenu porte, il protège en permanence les secrets. Devenu chaise, il n'oublie pas son ciel précédent. Devenu table, il enseigne au poète à ne pas devenir bûcheron. L’arbre est absolution et veille. Il ne dort ni ne rêve. Mais il garde les secrets des rêveurs. Nuit et jour debout par respect pour le ciel et les passants, l’arbre est une prière verticale. Il implore le ciel et, s’il plie dans la tempête, il s’incline avec la vénération d’une nonne, le regard vers le haut... le haut. Dans le passé, le poète a dit : « Ah si le jeune homme était une pierre ». Que n’a-t-il dit : « Ah si le jeune homme était un arbre ! »

[Mahmoud Darwich, Les Derniers poèmes, La Pensée de midi, 2008/4.]
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